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La présence en ligne des professionnels de l'agriculture en 2025 : une approche pragmatique, des pratiques contrastées

Actualité | Publié le 18 mars 2026 | Mis à jour le 18 mars 2026

Photo illustrative

L'Afnic, partenaire de France Num, publie les résultats de son étude sectorielle sur la présence en ligne des TPE et PME du secteur agricole. Réalisée en juillet-août 2025 auprès de 1 002 entreprises, cette enquête dresse un portrait nuancé d'un secteur qui adopte internet avec prudence, mais pas sans méthode, avec pragmatisme.

Internet, un outil utile mais pas encore stratégique

Le premier enseignement de l'étude est sans doute le plus frappant : dans le secteur agricole, internet est majoritairement perçu comme un outil fonctionnel, utile dans certaines situations, mais rarement comme un levier central de développement. Ce positionnement contraste fortement avec les résultats de l'étude globale « Réussir avec le web 2025 », menée tous secteurs confondus auprès de micro-entreprises, TPE et PME françaises.

Ainsi, si seulement 5 % des agriculteurs jugent la présence en ligne inutile ou dangereuse, ils ne sont également que 5 % à la considérer indispensable (contre 77 % dans le panel global). La grande majorité se répartit entre deux postures : 

  • 42 % estiment qu'internet est utile mais pas indispensable, 
  • et 48 % reconnaissent son utilité tout en déclarant ne pas avoir le temps ni les moyens de s'en occuper.

Quand ils l'utilisent, les agriculteurs le font avant tout pour être trouvés facilement (78 %) et pour présenter leur activité (59 %). La communication directe avec les clients (3 %) ou la vente en ligne (10 %) arrivent loin derrière.

Cette posture s'explique en grande partie par la nature même des activités agricoles, historiquement peu dépendantes d'internet pour leurs circuits de commercialisation ou leur relation client.

Des canaux simples, ancrés dans le local

Cette vision pragmatique d'internet se traduit directement dans les choix de présence en ligne. Le secteur agricole se distingue par un recours majoritaire à des dispositifs simples et facilement mobilisables pour être identifié localement.

Les annuaires en ligne constituent le principal point d'ancrage : 95 % des agriculteurs y disposent d'une page entreprise, soit bien plus que le panel global (37 %). Les réseaux sociaux sont également largement utilisés, avec 65 % des répondants déclarés présents, principalement sur Facebook, Instagram et WhatsApp.

Le site internet reste, lui, nettement minoritaire : seuls 27 % des professionnels agricoles disposent d'un site web, contre 61 % dans le panel global. Parmi ceux qui ont franchi le pas du site internet, une nette préférence se dessine pour l'extension .fr : 77 % d'entre eux l'ont choisie, contre 56 % dans le panel global. 

Un investissement en temps et en argent modéré mais pas anecdotique

Le manque de temps et de moyens constitue le frein le plus souvent cité pour expliquer la faiblesse de l'engagement numérique dans le secteur. Dans ce contexte, les budgets consacrés à la présence en ligne restent globalement limités :

  • 65 % des agriculteurs consacrent moins de 300 € par an à leur présence en ligne.
  • 30 % investissent entre 300 et 1 000 €, une proportion supérieure à celle du panel global (21 %).
  • Seuls 5 % dépassent le seuil des 1 000 € annuels, contre 14 % tous secteurs confondus.

Ces dépenses concernent principalement les annuaires en ligne et, dans une moindre mesure, la publicité sur les réseaux sociaux.

Pourtant, compte tenu du caractère très prenant de leurs métiers, le temps que les agriculteurs consacrent à leur présence en ligne n'est pas marginal : un tiers d'entre eux (33 %) déclarent y consacrer au moins une heure par jour, contre 44 % pour le panel global.

Et cet investissement en temps est globalement perçu comme rentable : 35 % des agriculteurs estiment que le temps investi sur internet est rentable ou tout à fait rentable, et seuls 17 % le jugent non rentable. Un tiers des répondants (34 %) reconnaissent que c'est utile à leur activité sans pouvoir en évaluer précisément les retombées.

Un usage maîtrisé chez ceux qui ont un site

Si peu d'agriculteurs disposent d'un site internet, ceux qui en ont un en font un usage cohérent et structuré. Quelques chiffres éclairent cette maîtrise :

  • 97 % proposent principalement des contenus statiques, adaptés à la présentation de l'activité et aux informations pratiques.
  • 88 % déclarent mener des actions pour améliorer le référencement naturel de leur site  avec des résultats non négligeables : 86 % affirment que leur site apparaît parmi les premiers résultats lors d'une recherche liée à leur activité et leur localisation.
  • Pour les sites e-commerce, 71 % intègrent un espace client et 89 % proposent plusieurs moyens de paiement (contre respectivement 40 % et 61 % dans l'étude globale).

Les agriculteurs sont également nombreux à valoriser leur adresse web hors ligne : 71 % sur leurs cartes de visite et papeterie et 56 % sur le marquage de véhicule.

Focus sur les viticulteurs : une profession qui se distingue par un usage intensif d'internet

Au sein du monde agricole, la viticulture se distingue nettement comme le sous-secteur le plus avancé numériquement. Là où la majorité des agriculteurs abordent internet avec prudence, les viticulteurs en font un véritable levier de développement commercial.

79 % des viticulteurs disposent d'un site internet, contre seulement 27 % pour l'ensemble des agriculteurs et même au-dessus des 61 % du panel global tous secteurs confondus. 92 % sont présents sur les réseaux sociaux, loin devant l'ensemble des agriculteurs (65 %) et le panel global (54 %).

La dimension commerciale est particulièrement révélatrice. 21 % des viticulteurs vendent en ligne, contre 6 % pour l'ensemble du secteur agricole. Et 38 % d'entre eux réalisent plus de 30 % de leur chiffre d'affaires grâce à internet, soit plus du triple de la moyenne agricole (12 %), et bien au-dessus du panel global (26 %). 

Enfin, leur engagement en temps est nettement plus soutenu : 68 % consacrent plus d'une heure par jour à leur présence en ligne, contre 33 % pour l'ensemble des agriculteurs et 44 % dans le panel global.

Les viticulteurs illustrent ainsi le potentiel d'un usage plus offensif d'internet dans le monde agricole : dès lors qu'ils y consacrent du temps et un budget, internet devient pour eux un important canal de vente et de fidélisation, pesant de manière notable dans leur chiffre d'affaires, et plus seulement un simple outil de visibilité.

Cybersécurité : des pratiques déclarées très avancées

Les réponses des agriculteurs en matière de cybersécurité font apparaître un niveau de sensibilisation particulièrement élevé, souvent supérieur à celui observé dans le panel global :

  • 95 % affirment sauvegarder régulièrement leurs données (contre 38 % au global) ;
  • 99 % déclarent utiliser des mots de passe uniques et complexes pour administrer leur site web (74 % au global) ;
  • 99 % assurent que leur site est protégé par des solutions de sécurité (pare-feu, antivirus…), contre 43 % au global ;
  • 0 % déclarent ignorer si leur site est sécurisé, contre 44 % dans le panel global.

Ces résultats placent le secteur agricole parmi les plus avancés en matière de bonnes pratiques de cybersécurité. L'étude note toutefois que l'ampleur des écarts observés avec le panel global laisse penser qu'une partie des répondants surestime peut-être ses pratiques effectives.

En résumé

Le secteur agricole présente un rapport à internet à la fois prudent et pragmatique. Internet y est surtout utilisé pour être trouvé localement et présenter son activité, via des dispositifs simples comme les annuaires en ligne et les réseaux sociaux. Le site internet reste minoritaire, les budgets limités et l'engagement numérique mesuré, mais pas absent.

Derrière ce constat global, des disparités importantes existent entre sous-secteurs. Les viticulteurs, en particulier, montrent qu'un investissement plus soutenu en temps et en budget peut transformer internet en véritable moteur de chiffre d'affaires. Un exemple dont d'autres branches du monde agricole pourraient s'inspirer.

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Julien Karachehayas | Licence etalab-2.0

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