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Baromètre France Num 2023 : 26 entretiens pour approfondir les résultats

Dossier | Publié le 06 décembre 2023 | Mis à jour le 08 décembre 2023

Photo illustrative

Afin de mieux comprendre certains résultats de l'enquête quantitative réalisée dans le cadre du Baromètre France Num 2023, une enquête qualitative a été menée : 26 entretiens ont été conduits avec des dirigeants de TPE PME pour mieux comprendre leur perception, leurs attentes et leurs craintes vis-à-vis du numérique, notamment sur des nouveaux sujets tels que l'intelligence artificielle, l'utilisation des données ou encore l'impact environnemental du numérique.

Dans le cadre du Baromètre France Num, qui mesure chaque année le degré de transformation numérique des TPE/PME, l’enquête quantitative 2023 a été complétée par une enquête qualitative, menée par entretien auprès de 26 dirigeants de TPE PME de tailles et de secteurs d'activités variés.

Lors de ces entretiens, le Centre de recherche pour l'étude et l'observation des conditions de vie (Crédoc) a approfondi les thèmes suivants :

  • le numérique comme facteur de croissance et de compétitivité ;
  • la cybersécurité ;
  • les données  et l'intelligence artificielle (IA) ;
  • la sobriété numérique ;
  • l'externalisation de tâches.

Les entreprises « matures » qui représentent 26 % des TPE PME ne sont pas traitées dans cette étude. Les TPE PME interviewées appartiennent aux 3 premières catégories de maturité numérique identifiées par le baromètre :

  1. Les entreprises « Réticentes », plutôt moins équipées que les autres et n’ayant quasiment pas de projets de numérisation
  2. Les entreprises « En potentiel », beaucoup moins équipées que les autres et ayant peu de projets de numérisation
  3. Les entreprises « Dynamiques », plutôt équipées, ayant de très nombreux projets de numérisation représentant

Le numérique comme facteur de compétitivité et de croissance

Pour les répondants, la transformation numérique présente de multiples avantages. Elle permet une meilleure organisation du temps de travail (gain de temps, optimisation des processus, diminution des risques d’erreur, automatisation des tâches répétitives) et une communication plus rapide et plus fluide.

2 grandes catégories de TPE/PME se distinguent :

Des entreprises qui perçoivent le numérique comme un facteur indispensable de compétitivité

Pour elles (18 entreprises sur 26), et malgré leur taille, il est question de développer l’activité, de se faire connaître, d’améliorer les relations avec la clientèle et d’optimiser les processus.

« Le premier facteur de compétitivité est le commercial, mais le numérique m’aide à trouver de nouveaux clients. »

PME 10 salariés, Industrie et fabrication artisanale, type Dynamique

Des entreprises qui considèrent que le numérique ne contribue pas vraiment à la performance de leur entreprise

Souvent, ces entreprises (8 entreprises sur 26) considèrent que le numérique est peu important, voire pas du tout pour exercer leur métier (par exemple : association sportive ou d’insertion, société de nettoyage,  de terrassement, gîtes, société de transport…).

« A tout informatiser, la TPE a gagné de l'argent au début, maintenant cela ne rapporte plus. Et je m'inquiète de la dématérialisation des factures. »

PME 9 salariés, Industrie et fabrication artisanale, type En potentiel

Avec une position plus extrême, quelques-unes reprochent au numérique de leur faire perdre un temps considérable, de les éloigner de leur métier d’origine, ou de rendre leur entreprise vulnérable.

La cybersécurité

Les entreprises interrogées ont rarement été victimes de piratage ou de pertes de données (2 entreprises sur 26) : une entreprise via un ordre de virement frauduleux validé par le dirigeant de l’entreprise (la « fraude au président »), l’autre via un rançongiciel.

Pourtant la sécurisation des outils et des données demeure une problématique forte. Même les entreprises qui ont mis en place de nombreux équipements pour se protéger, continuent de craindre les attaques, notamment à partir d'intrusion via les boites mails.

2 grandes catégories de TPE/PME se distinguent au sein des 26 entreprises interrogées :

Des entreprises qui se sentent globalement en sécurité

Ces TPE PME ont globalement renforcé leur sécurité grâce à de nombreux équipements et solutions (18 entreprises sur 26 sans dominante de type, à la fois des Réticents, En potentiel, Dynamiques) : serveurs, sauvegardes à distance et/ou automatiques, pares-feux, site sécurisé, réseau sécurisé, logiciel métier sécurisé, antivirus, cryptage des données, mots de passe robustes, double authentification, assurance cyber risque, système d’alarme, site protégé par caméra, etc.

« Je ne me sens pas menacé : j’ai mis en place 4 sauvegardes, internet est séparé du réseau interne (gestion, process). »

PME 10 salariés, Industrie, type Dynamique

Mais malgré les systèmes de protection mis en place, des doutes subsistent. Pour mémoire, l’enquête quantitative du baromètre indique que 48 % des entreprises craignent la perte de données ou d’être piratées lorsqu’elles utilisent les outils numériques.

« La vigilance sur ça est le mot d'ordre. Une très grande attention est portée aux mails entrants, et dès que c'est suspect, on supprime sans hésitation. On en parle souvent dans l'entreprise. »

TPE 4 salariés, Industrie, type En potentiel

Des entreprises n'ont pris aucune mesure pour se protéger

Quelques entreprises (6 entreprises sur 26, sans dominante de type, à la fois des Réticents, En potentiel, Dynamiques) déclarent ne pas vraiment se prémunir contre les attaques informatiques, et ce pour différentes raisons.

Elles estiment que ce n’est pas la priorité de l’entreprise en 2023, qu’elles ne sont pas assez vigilantes, qu’il n’y a pas de documents susceptibles d’être piratés ou que c’est une histoire de bon sens.

Les données et l’intelligence artificielle

En première approche, les dirigeants interrogés se sont peu exprimés sur les enjeux liés aux données et sur l’intelligence artificielle (IA). Cependant en approfondissant, deux catégories de TPE PME se distinguent:

Des TPE PME qui ne se sentent pas concernées par l'IA et/ou qui n'en veulent pas

Ces entreprises (13 entreprises sur 26, de type plutôt Réticent) perçoivent l'IA comme une menace pour l’homme en termes de bien-être, d’emploi, de culture.

« Je ne me sens pas concernée et cela ne m'intéresse pas. Je suis déjà assez occupée avec mon magasin. »

TPE, 6 salariés, Commerce, type Réticent

Des TPE PME qui espèrent beaucoup de l'IA à court ou moyen terme

Pour ces entreprises (13 entreprises sur 26, sans dominante de type, à la fois des Réticents, En potentiel, Dynamiques), l'IA apparaît comme un nouveau champ des possibles, une nouvelle révolution après la révolution industrielle.

« Je suis passionné par l'intelligence artificielle. Mes données n'ont pas vraiment de valeur marchande. Pour moi, c'est une autre étape, pour aller encore plus loin, notamment dans la communication avec le client. Je suis dans le projet de mettre des outils en place pour communiquer avec le client. Pour moi, rester en contact est crucial. De plus, je souhaite créer un process entier grâce à l'intelligence artificielle générative afin d'automatiser tous mes devis et tous mes courriers. »

PME 20 salariés, Industrie, type Dynamique

Parmi les TPE/PME ouvertes à l’IA, certaines se sentent seules face à ce grand chantier malgré l’intérêt qu’elles y portent. Il y a un certain décalage entre leur engouement et la pénurie actuelle d'experts qualifiés.

Certaines (3 entreprises sur 26) pensent aussi que c’est à l’heure actuelle un peu prématuré, que l’IA doit se faire une place dans le monde du travail et que ce nouvel outil doit faire réellement ses preuves, sachant qu’il apparaît indispensable de conserver le contact humain pour préserver une bonne image de marque et une bonne relation clientèle.

« La data c'est important, notamment pour l'activité de location de longue durée (pour le pilotage de la flotte, maintenance préventive), et je pense que l'IA pourrait peut-être m’aider (en croisant des indicateurs des machines pour anticiper les pannes par exemple). Mais je ne sais pas comment démarrer. »

TPE 6 salariés, Autres secteurs/ Coopérative, type Dynamique

La sobriété numérique

La majorité des dirigeants porte une attention croissante à l’impact environnemental du numérique et cette sensibilité est renforcée par les hausses successives du coût de l’électricité.

Notons qu’ils déclarent souvent méconnaître leur empreinte carbone, ne sachant pas comment la mesurer ni même l’estimer.

On distingue globalement 2 types d’attitudes :

Des TPE PME qui ont mobilisé leurs salariés pour diminuer leur impact environnemental issu du numérique

Les entreprises (16 entreprises sur 26, plutôt de type Réticent ou Dynamique) dans lesquelles l’ensemble du personnel fait de grands efforts de manière continue (matériel informatique systématiquement éteint).

« Je sensibilise mon personnel dans les bureaux. Le soir, tout est éteint : chauffage/lumière/informatique. Si une personne est en rendez-vous extérieur, elle éteint son micro avant de partir. »

PME 106 salariés, Services spécialisés / techniques, type Réticent

Des TPE PME en recherche de solutions pour réduire le fort impact environnemental de leur activité

Les entreprises (10 entreprises sur 26, plutôt de type En potentiel) qui ont conscience qu’elles ont un impact fort ou très fort sur l’environnement de par leur secteur d’activité : production de déchets, pollution de l’air, pollution de l’eau, nuisances sonores, forte consommation électrique, utilisation de produits dangereux. 

Leur priorité est d’agir et de trouver des solutions : abandon de processus de fabrication lourds et polluants, filière de recyclage et de valorisation des déchets, stratégie de partenariat, mise en place d’une démarche de responsabilité sociétale des entreprises (RSE).

« Avec les nouveaux outils de production numérique, il y a moins de gâchis papier, moins de consommation électrique et moins de produits chimiques utilisés potentiellement dangereux. Je suis aussi sur un projet de coopérative de production électrique avec des panneaux photovoltaïques. »

TPE 8 salariés, Industrie, type En potentiel

L’externalisation

Concernant ce sujet, à savoir le fait de confier la réalisation de certaines tâches à un prestataire externe, il y a 3 tendances.

Des TPE PME qui y sont favorables car elle est avantageuse

Pour un groupe de TPE PME (12  entreprises sur 26, plutôt de type Dynamique) l’externalisation offre de nombreux avantages : gain de temps, réduction des frais de personnel, concentration des effectifs sur l’activité-même, des ressources sur le cœur de métier, fiabilité grâce à des experts.

« Pour tout ce qui est comptabilité / paye / contrats / factures, c'est fait systématiquement à l'extérieur. C'est beaucoup trop de temps à passer et c'est trop technique. Je risquerais de faire plein d'erreurs, et même le comptable fait lui-même des erreurs, tellement c'est compliqué en France. »

TPE 8 salariés, Hébergement/Restauration, type En potentiel

Des TPE PME qui y sont opposées

Pour un groupe de TPE PME (7 entreprises sur 26, plutôt de type Réticent ou En potentiel) c’est le modèle inverse : la plupart des fonctions administratives et financières se situent en interne, voire ont été réinternalisées après une expérience décevante avec des prestataires externes pour rechercher réduction des coûts, souplesse, réactivité, fiabilité, facilité de communication.

« Non, c'est plutôt l'inverse. J’ai repris la paye, je fais la compta, car mon logiciel métier me permet de tout faire (pour le même prix), et l'externalisation de la paye était très coûteuse (8000€/an pour 15 fiches/mois). »

TPE 15 salariés, Agriculture, type Dynamique

Des TPE PME qui mixent les deux approches

Un  groupe de TPE PME (7 entreprises sur 26, plutôt de type En potentiel) mixe les deux : à la fois des fonctions internalisées et des fonctions externalisées, pour des raisons d’organisation, de praticité, de coût, d’organisation interne.

« Il n'y a que les payes qui sont externalisées, la comptabilité et tout ce qui est administratif se fait en interne. J’ai deux personnes qui sont compétentes et fiables. »

PME 24 salariés, BTP/Construction, type Réticent

La plupart du temps, les TPE PME ont soulevé la difficulté de trouver des prestataires de service compétents, disponibles, réactifs, respectueux des délais, forces de proposition… à des prix raisonnables.

Les compétences des TPE PME en matière numérique

2 grandes catégories de TPE/PME se distinguent :

Des TPE PME qui considèrent ne pas avoir de problèmes de compétences

Ces entreprises, nombreuses dans l’échantillon (15 entreprises sur 26, plutôt de type Dynamique ou En potentiel), jouent la carte de la débrouille, en utilisant au mieux les compétences internes et externes, l’auto-formation, les compétences logiciels acquises au cours des études, l’expérience professionnelle, les relations amicales (amis, famille), le réseau professionnel, les syndicats, les réseaux consulaires (CCI et CMA).

Les plus jeunes, souvent plus diplômés, se sentent compétents et bien préparés à l’usage des outils numériques. Ils plaignent d’ailleurs souvent leurs ainés. Sachant que les techniques numériques évoluent régulièrement, ils se posent la question de leurs propres difficultés lorsqu’ils seront à leur tour plus âgés.

Lors du processus de recrutement, certains dirigeants accordent une grande importance aux compétences numériques. Ces résultats sont conformes à l’enquête quantitative (64% des entreprises ont des compétences externes / internes).

« Non, je n’ai pas de manque de compétences a priori. Je me débrouille par moi-même (curieuse et technophile), depuis que je suis installée. Et mon syndicat peut m’aider à trouver des prestataires si nécessaire. Mon logiciel métier me permet de faire la plupart des tâches. »

TPE 6 salariés, Commerce, type Dynamique

Des TPE PME en manque de compétences numériques

Une fraction d’entreprises (10 entreprises sur 26, plutôt de type Réticent) éprouve des difficultés à conserver ou développer des compétences, tant en interne qu’en externe.

Ces entreprises se sentent d’autant plus seules et perdues que le dirigeant est plutôt senior, avec une faible marge budgétaire, que ça soit par manque de moyens financiers ou par choix budgétaire.

« J’ai un manque de compétences pour identifier les enjeux en numérique, je me sens un peu démunie, je passe par mon réseau (mes amis), qui m’oriente sur des prestataires. Je me renseigne aussi auprès de mes homologues. »

TPE 6 salariés, Autres secteurs, type Dynamique

Thématiques abordées spontanément par les dirigeants de TPE PME

Besoin d’accompagnement

Dans le cadre de leur transformation numérique, les TPE/PME souhaiteraient plus de soutien et d’aide. Elles disent se sentir parfois seules, exprimant un besoin d’accompagnement.

« On manque d'infos sur les structures qui pourraient nous aider. Une newsletter pourrait être utile car on n'a pas le réflexe d'aller chercher l'information, on a le nez dans le guidon. »

PME 11 salariés, Services à la personne, type En potentiel

Complexité du numérique

Les difficultés et pertes de temps induite par la complexité du numérique sont très présentes.

La facturation électronique qui va devenir obligatoire

L'obligation de dématérialisation des factures (émission et de réception de factures électroniques) est une échéance qui inquiète certaines TPE / PME car cette réforme implique des évolutions dans leur organisation et donc une période d’adaptation plus ou moins longue.

Accéder à l'étude

Julien Karachehayas | Licence Creative Commons BY-NC-SA 3.0 FR

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