Comment une entreprise du BTP teste l’IA pour analyser plus rapidement les appels d’offres sans sacrifier la fiabilité

Témoignage | Publié le 08 juin 2026 | Mis à jour le 09 juillet 2026

Pour aider ses équipes à identifier les appels d’offres intéressants, le groupe d’ingénierie Ingérop expérimente l’intelligence artificielle tout en conservant une exigence forte de contrôle humain.

Présent en France et à l'international, Ingérop accompagne de grands projets d'infrastructures, d'énergie, d'environnement ou encore de génie civil. Avec plusieurs milliers de collaborateurs et des centaines d'opportunités à analyser chaque année, l'entreprise doit régulièrement étudier des appels d'offres complexes afin de décider rapidement s'il est pertinent de répondre ou non.

Face à cette masse documentaire, l'entreprise s'est interrogée sur l'apport potentiel de l'intelligence artificielle.

L'objectif n'était pas de remplacer l'expertise des ingénieurs, mais de les aider à identifier plus rapidement les informations clés pour prendre une décision éclairée.

Le déclencheur : absorber davantage d’appels d’offres

Chez Ingérop, l'analyse d'un appel d'offres représente un travail d'analyse important. Les documents sont souvent volumineux, les informations dispersées et les critères de décision nombreux. Cette étape mobilise des experts expérimentés dont le temps est particulièrement précieux.

L'entreprise constate alors qu'elle pourrait parfois passer à côté d'opportunités simplement faute de temps pour analyser l'ensemble des dossiers reçus.

Une question émerge : l'intelligence artificielle pourrait-elle accélérer cette phase de qualification tout en conservant un niveau de fiabilité compatible avec les exigences du métier ?

Le cas d'usage retenu consiste à automatiser une partie du dépouillement des appels d'offres afin de produire une synthèse structurée selon les critères habituels de l'entreprise et faciliter une décision de type « go / no-go ».

Le projet : créer une fiche de synthèse générée par l’IA

Le projet démarre à partir d'un besoin identifié par le comité numérique interne. Un référent métier expérimenté est associé dès le départ afin de définir précisément les informations attendues dans les futures synthèses.

Avec l'appui du programme PackIA et du partenaire technologique Delos, Ingérop développe un outil capable :

  • d'ingérer les documents d'appel d'offres ;
  • d'identifier les informations clés ;
  • de les organiser selon les grilles de lecture utilisées par les équipes ;
  • de produire une fiche signalétique facilitant la prise de décision.

En parallèle, l'entreprise lance également plusieurs expérimentations autour de l'IA générative.

Une cinquantaine de collaborateurs issus des métiers et des fonctions support testent différents outils afin d'évaluer leur intérêt dans les usages du quotidien.

Les premiers résultats : utiles mais encore perfectibles

Les expérimentations menées sur les assistants génératifs donnent des résultats encourageants. Les synthèses de réunions, de visioconférences ou de courriels sont jugées globalement satisfaisantes lorsqu'elles sont utilisées avec les précautions nécessaires.

Concernant le dépouillement des appels d'offres, l'outil permet déjà de produire des synthèses utiles pour orienter la réflexion des équipes.

Cependant, l'entreprise considère que le niveau de maturité n'est pas encore suffisant pour automatiser davantage la prise de décision.

Dans un environnement où les enjeux techniques, financiers et contractuels sont importants, une information erronée peut avoir des conséquences significatives.

Le principal défi : la fiabilité

Pour Ingérop, la question centrale n'est pas la vitesse mais la confiance. Les expérimentations montrent que l'outil atteint un niveau de performance jugé intéressant, mais que certaines réponses peuvent encore contenir des oublis, des approximations ou des informations non retrouvées dans les documents analysés.

Or dans les métiers de l'ingénierie, un taux de fiabilité de 80 à 85 % ne suffit pas toujours.

« La fiabilité, c'est la clé. »

Le dirigeant de Ingérop

L'entreprise insiste également sur d'autres points de vigilance :

  • la sécurisation des données ;
  • la protection des informations sensibles ;
  • l'accès contrôlé aux documents internes ;
  • la nécessité de conserver un contrôle humain sur les décisions importantes.

Une démarche basée sur l’expérimentation

Plutôt que de généraliser rapidement les usages, Ingérop privilégie une approche progressive. Chaque outil est testé selon un protocole rigoureux permettant de mesurer sa constance, sa répétabilité et sa valeur ajoutée réelle.

Cette méthodologie permet d'identifier précisément les cas d'usage pertinents et d'éviter les effets de mode.

L'entreprise considère qu'il est encore trop tôt pour tirer des conclusions définitives sur certains usages avancés de l'IA, mais estime que ces technologies joueront un rôle croissant dans les métiers de l'ingénierie.

Une transformation qui se construit dans la durée

À court terme, Ingérop poursuit ses pilotes afin de mieux mesurer les bénéfices réels et les limites des solutions testées.

À plus long terme, l'entreprise estime que l'intelligence artificielle s'intégrera progressivement aux outils métiers du secteur.

La question n'est plus vraiment de savoir si l'IA sera utilisée, mais comment l'utiliser de façon fiable, sécurisée et économiquement pertinente.

Le conseil du dirigeant

Pour Ingérop, il est préférable de commencer modestement.

L'entreprise recommande d'identifier un cas d'usage concret, de constituer une petite équipe motivée, de choisir un partenaire capable de comprendre les enjeux métier et surtout de consacrer du temps à des tests sérieux et reproductibles.

L'objectif n'est pas d'adopter l'IA parce qu'elle est à la mode, mais de démontrer qu'elle apporte une valeur réelle tout en conservant un niveau de fiabilité acceptable pour l'activité concernée.

Le récap'

Activité : ingénierie et grands projets d'infrastructures

Présence : France et international

Effectif : environ 4 000 collaborateurs dans le monde

Cas d'usage IA : aide au dépouillement des appels d'offres

Accompagnement : PackIA et Delos

Investissement : un peu moins de 50 000 €

Objectif : qualifier plus rapidement les appels d'offres entrants

Point de vigilance principal : la fiabilité des résultats

Licence etalab-2.0

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